Il y a mieux, il y a pire… et il y a ton centre. Bien-être en milieu éducatif.
- 16 févr.
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Il y a des jours où tout semble plus lourd que d’habitude. Et pire encore.... cela donne l'impression d'être interminable. Le corps se fatigue plus vite, l’esprit s’embrouille plus facilement et le cœur, lui, porte des choses qu’on n’avait pas prévues être aussi pesantes. On avance quand même. On sourit parfois. On fonctionne. Pourtant, à l’intérieur, quelque chose vacille. L'impression d'être brisé devient omniprésente. Et presque inévitablement, une question surgit : pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi? Or, si l’on s’arrête un instant, si l’on respire vraiment, une vérité douce mais profonde émerge : malgré les épreuves, malgré les comparaisons, malgré les injustices apparentes, nous sommes toujours au centre de notre propre réalité.
Je m'explique. IL y a mieux, il y a pire, et il y a ton centre.
Par exemple, si ma santé n’est pas optimale, je peux me sentir inquiète, fragile, vulnérable. Cependant, ailleurs, quelqu’un lutte pour chaque respiration, et ailleurs encore, une autre déborde d’énergie et planifie son prochain défi sportif. Alors où suis-je dans tout cela? Je suis au centre de ma condition, de mon expérience, de mon ressenti, de ma vie et, de mon chemin. De la même manière, si je perds un être cher brutalement, ma douleur est immense, réelle, bouleversante. Pourtant, ailleurs, une famille vit l’angoisse d’une disparition sans réponse, suspendue à l’inconnu, tandis que d’autres ont eu le privilège (si cela en est un...) d’accompagner doucement la fin de vie, de tenir la main, de dire au revoir. Ainsi, encore une fois, je suis au centre de ma propre histoire.

Par ailleurs, si je me trouve trop ronde, trop fatiguée, trop imparfaite, je peux m’enfermer dans un regard dur envers moi-même. Pourtant, certaines personnes rêvent d’avoir quelques kilos de plus, tandis que d’autres en ont davantage et arrivent malgré tout à s’aimer profondément. Alors, dans un monde où chacun vit au centre de sa propre réalité, pourquoi laisser l’envie s’installer? Pourquoi envier un corps, une énergie ou une apparence dont on ne connaît ni les combats ni les insécurités?
En effet, l’envie nous éloigne de notre propre centre pour nous projeter dans celui des autres, souvent idéalisé et rarement complet. Par conséquent, il devient évident que la souffrance ne réside pas uniquement dans la situation, mais dans la manière dont nous l’habitons et dans le regard que nous choisissons de porter sur nous-mêmes. Cela ne signifie pas que la douleur est banale ou que tout se vaut. Bien au contraire, cela signifie que notre expérience est unique et qu’elle mérite d’être reconnue avec respect, sans comparaison inutile et sans rivalité silencieuse.
Ainsi, comprendre que nous sommes au centre de notre vie ne veut pas dire que tout tourne autour de nous. Cela veut plutôt dire que tout passe par nous. Les événements arrivent. Les diagnostics tombent. Les pertes surviennent. Les imprévus surgissent. Cependant, l’histoire que nous nous racontons à propos de ces événements nous appartient entièrement. Et c’est précisément là que réside notre pouvoir.
Or, parler de perception ne consiste pas à nier la tempête. Il ne s’agit pas de répéter que « ça pourrait être pire » ou de forcer une positivité artificielle. Au contraire, il s’agit d’accueillir ce qui est, avec honnêteté, puis de choisir la posture intérieure avec laquelle nous allons traverser l’épreuve. En d’autres mots, je ne contrôle pas toujours ce qui m’arrive, mais je contrôle la manière dont je décide d’y répondre. Cette distinction est subtile, mais elle transforme radicalement notre rapport à la vie.
À cet égard, je pense souvent à vous, personnel éducateur. Vous savez comment le Bien-être en milieu éducatif est pour moi un ancrage important. À toi qui termines une journée avec l’impression d’avoir donné 110 %. À toi qui as accueilli des émotions débordantes, géré des conflits, rassuré un enfant en crise, répondu à des parents inquiets, tout en tentant de maintenir une cohérence et une structure. Et pourtant, malgré tout ce que tu as fait, tu rentres parfois chez toi avec l’impression que ce n’est pas suffisant. Cependant, ce que tu vis est ton centre. Ce n’est pas la journée de ta collègue. Ce n’est pas la réalité d’un autre établissement. C’est ta réalité, avec ses défis particuliers et ses forces invisibles.
De plus, nous avons ce reflexe presque maladroit de regarder autour et l’on se dit que d’autres semblent mieux gérer, mieux organiser, mieux encadrer. Toutefois, nous ne vivons jamais le centre des autres. Nous voyons leur façade, rarement leur fatigue. Nous percevons leur assurance, rarement leurs doutes. Par conséquent, se comparer revient souvent à opposer notre intérieur fragile à l’extérieur maîtrisé d’autrui. Ce duel est inéquitable dès le départ.

En réalité, ce que tu fais chaque jour est immense. Tu accueilles des enfants avec leurs tempêtes intérieures. Tu absorbes des émotions qui ne t’appartiennent pas. Tu structures des environnements sécurisants. Tu régules, tu enseignes, tu rassures. Et tout cela, souvent, sans reconnaissance à la hauteur de l’engagement que cela exige. Néanmoins, même lorsque personne ne le souligne, cela demeure d’une valeur inestimable. Sans oublier, que ta propre vie à aussi, son lot de hauts et de bas qui, ne l'oublions pas, nous sautent sans pitié sur les épaules avec toute sa lourdeur.
C’est pourquoi il devient essentiel de revenir à cette idée fondamentale : l’événement m’arrive, mais la posture que j’adopte m’appartient. Je peux me raconter que je suis dépassée et impuissante. Cependant, je peux aussi reconnaître que je traverse une période exigeante et que, malgré tout, je développe des compétences invisibles. Je peux me dire que cette semaine me brise. Ou encore, je peux choisir de voir qu’elle me façonne. Cette relecture ne nie pas la fatigue, elle lui donne un sens.
Concrètement, une première clé consiste à revenir au contrôle réel. Qu’est-ce qui dépend réellement de moi, ici et maintenant? Pas la réaction d’un parent. Pas le diagnostic d’un enfant. Pas la lourdeur d’un programme. Mais mon ton, mon rythme, ma respiration, ma cohérence. Revenir à ce qui dépend de moi réduit immédiatement la sensation d’impuissance. Ensuite, il est précieux de nommer sans dramatiser. Remplacer « c’est insupportable » par « c’est exigeant » transforme déjà la charge émotionnelle. Les mots que nous utilisons construisent notre expérience intérieure. Enfin, se rappeler que tout passage est temporaire permet d’éviter les conclusions définitives. Cette journée n’est pas ma carrière. Cette période difficile n’est pas mon identité. Et cette épreuve.. fait partie du fossé à traverser.
Pour ma part, la vie m’a aussi confrontée à des épreuves qui bousculent. Des nuits d’inquiétude. Des décisions lourdes. Des moments où le cœur tremble. Je ne suis pas à l’abri. Cependant, avec le temps, j’ai appris à ajuster mon angle de conscience. J’ai compris que je pouvais choisir une posture de lucidité plutôt que de victimisation, une posture de responsabilité douce plutôt que de résignation. Cela ne supprime pas la peine. Cela lui donne une direction.
En définitive, être au centre de sa vie signifie accepter que tout ne soit pas parfait, mais que tout passe par notre manière d’habiter l’instant. Cela signifie reconnaître nos limites sans nous réduire à elles. Cela signifie accepter notre fatigue sans en faire une identité. Cela signifie traverser avec humilité et avancer avec courage.
Alors, la prochaine fois qu’une journée te semble immense, avant de conclure que tout est contre toi, pose-toi une question simple et puissante : quelle posture ai-je envie d’adopter ici? Car, malgré les vagues, malgré les comparaisons, malgré les tempêtes, tu demeures au centre de ton histoire. Et ce centre n’est pas un lieu de solitude, mais un espace de conscience, de responsabilité et de transformation. En choisissant ton angle intérieur, tu ne changes peut-être pas l’événement, mais tu changes profondément la manière dont il te façonne. Et cela, silencieusement, est une force extraordinaire.
Dans tout ce que nous vivons, il y a... MIEUX , mais il y...PIRE !
Sandra Mathieu
V.I.P. De l'Éducation



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