Trop de choses à expliquer, pas assez de secondes pour le dire
- 8 sept. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 sept. 2025

« Tu pourrais me résumer ça en deux minutes? »
Voilà sans doute la phrase la plus entendue et la plus irréaliste dans nos milieux éducatifs. Parce que deux minutes, c’est précisément ce qu’on n’a jamais.
Ce fameux temps qu’on n’a pas
Le temps est censé être notre allié. Sur papier, il est même équitable : 24 heures par jour pour tout le monde, ni plus ni moins. Pourtant, dans le milieu éducatif, on a parfois l’impression que notre horloge n’a pas du tout le même mécanisme que celle du reste du monde. Les minutes s’évaporent, les secondes disparaissent dans un tourbillon d’imprévus, et nos belles intentions de clarté ou de planification tombent à l’eau..
« Le temps qu’on prend pour rire, pour expliquer, pour écouter, n’est jamais du temps perdu : c’est du temps gagné sur l’essentiel.
Combien de fois aurais-je voulu expliquer à mon équipe une nouveauté, une petite amélioration, ou encore partager une réflexion importante? Mais voilà : le temps ne nous donne pas ce luxe. On se retrouve à lancer des phrases à la volée, entre un parent pressé, une cloche qui sonne et un élève qui a soudainement décidé que ses lacets avaient une importance existentielle.
Le résultat? On fait de notre mieux, mais parfois, ce « sprint pédagogique » donne la désagréable impression d’avoir mal transmis l’essentiel. Et ça vient gruger, doucement mais sûrement, le fameux sentiment de compétence.
Les attentes… et la réalité
Dans le monde du travail, il y a ce qu’on attend de nous : être organisé, clair, capable de transmettre l’information efficacement et de manière motivante. On nous demande d’anticiper, de planifier, de garder une vue d’ensemble. En théorie, c’est magnifique.
Et puis il y a la réalité. Une réalité où chaque explication donnée à l’équipe est entrecoupée de « Madame, il a pas voulu me prêter son crayon », de « Est-ce que je peux aller aux toilettes? », ou encore d’un appel du secrétariat qui tombe au mauvais moment.
C’est là que la contradiction devient presque comique : on nous demande d’être clairs, mais on doit l’être en trente secondes. On nous demande de bien communiquer, mais on doit le faire au milieu d’un bruit de fond digne d’un centre d’appels. On nous demande de planifier, mais nos plans s’évaporent au contact du quotidien.
Quand expliquer devient une discipline olympique
Soyons honnêtes : annoncer une nouveauté ou donner des consignes à l’équipe relève parfois de l’exploit. Imaginez : vous avez trente secondes pour expliquer une nouvelle procédure, tout en jonglant avec un élève qui demande d’aller à la toilette, un parent qui veut « juste deux minutes » et un collègue qui cherche les clés du local.
Bienvenue à l’épreuve non officielle des Jeux éducatifs : le 100 mètres explications, où le défi n’est pas seulement de parler vite, mais de réussir à être compris malgré tout.
Médaille d’or si votre équipe retient l’essentiel.
Médaille d’argent si elle retient la moitié.
Médaille de bronze si, au moins, quelqu’un se souvient que vous avez parlé.
Le problème, c’est que cette communication en mode « fast-food » ne nourrit pas vraiment. Elle nous laisse, avec ce petit goût amer : ai-je été claire? Ai-je oublié quelque chose? Aurais-je dû prendre plus de temps?
Le paradoxe du sentiment de compétence
Le plus ironique, c’est que nous travaillons dans un milieu où la compétence se bâtit sur la réflexion, la planification et la capacité à ajuster nos interventions. Or, tout ce qui nourrit ce sentiment prend… du temps.
Quand ce temps-là nous est coupé, il reste l’impression désagréable d’être « toujours en retard » ou de fonctionner en mode survie. On en vient à se juger soi-même trop durement : « Je n’ai pas bien expliqué », « Je devrais être plus organisée », « Je perds des morceaux ».
Mais la vérité, c’est que nous faisons partie d’un système qui compresse le temps. Et dans ce système, tenir debout est déjà une performance.
Dédramatiser en dramatique : l’art d’en rire
Puisqu’on ne peut pas rallonger les journées, autant en rire. Après tout, l’humour est une des meilleures armes contre le stress.
Exemple vécu :
Je commence à expliquer à mes collègues une nouvelle procédure. Après dix secondes, un enfant crie. Après vingt secondes, quelqu’un cogne à la porte. Après trente secondes, je me rends compte que j’ai perdu mon auditoire. Résultat : je me dis que je devrais peut-être faire comme les politiciens… et répéter la même chose trois fois en changeant de mots.
Autre idée : pourquoi ne pas inventer des pictogrammes universels? Une image de café pour dire « on en reparle plus tard », une horloge pour dire « ceci est urgent », et un parachute pour dire « accrochez-vous, ça va brasser ».
L’absurde aide à respirer. Parce que oui, c’est frustrant de manquer de temps, mais si on s’autorise à le caricaturer, on se redonne une part de contrôle.
Et si on reprenait le temps autrement?
On ne peut pas créer plus de minutes dans une journée. Mais on peut choisir comment on les vit.
Prendre un vrai 2 minutes : mieux vaut expliquer une nouveauté en deux phrases claires et promettre un suivi écrit, que de tenter un discours complet en pleine cohue.
Utiliser l’humour comme ciment : une blague bien placée vaut souvent plus qu’un long discours pour souder une équipe.
S’appuyer sur des supports : une note affichée, un visuel, un petit mémo partagé. Ainsi, le message survit même quand le temps file.
Se rappeler que ce n’est pas nous le problème : si nous avons l’impression d’être « à la course », c’est que le contexte l’impose. Notre compétence ne disparaît pas pour autant.
Conclusion : apprivoiser ce collègue invisible
Le temps restera toujours insaisissable. Il ne ralentira pas parce qu’on le supplie, et il ne s’étirera pas parce qu’on en a besoin. Mais il nous offre malgré tout une leçon précieuse : apprendre à choisir. Choisir nos mots, choisir nos priorités, choisir d’en rire plutôt que de s’épuiser.
Et si, finalement, la vraie compétence n’était pas de réussir à tout dire, tout faire et tout planifier? Peut-être qu’elle se cache dans cette capacité à avancer malgré tout, à garder le cap même quand la tempête du quotidien nous coupe nos minutes.
Alors oui, le temps est un drôle de collègue. Mais, bonne nouvelle : il a de l’humour. Parce qu’à chaque fois qu’on croit l’avoir perdu… il nous rappelle qu’on peut toujours recommencer demain.
« Le temps qu’on prend pour rire, pour expliquer, pour écouter, n’est jamais du temps perdu : c’est du temps gagné sur l’essentiel. »
Alors, merci d’avoir pris le temps de lire ceci .
Sandra Mathieu
V.I.P De L’Éducation








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