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La loyauté est-elle égale à de la civilité, à un principe ou à l'engagement ?

  • 11 sept. 2025
  • 7 min de lecture

Il y a des mots qui pèsent lourd, même lorsqu’ils semblent légers. La loyauté, par exemple. Ça sonne bien, ça réchauffe presque le cœur… jusqu’à ce qu’on se rende compte que ce mot-là peut parfois glisser entre les doigts comme du sable. On la prend souvent pour acquise, comme un fil invisible qui relie les personnes dans un milieu de travail, comme un ciment qui soutient la confiance et les choix collectifs. Mais attention : ce fil peut se tendre, se rompre ou s’effilocher au gré des décisions qui sont prises sans nous, parfois même contre nous.


Je sais de quoi je parle. J’ai vécu une situation où une décision importante a été prise sans tenir compte de moi. En un instant, je suis passée de partenaire à spectatrice. Ça a ébranlé mon sentiment de loyauté comme si le socle sur lequel je m’étais toujours tenue avait soudain perdu sa solidité. Et croyez-moi, ça laisse un goût amer.


Mais avant d’aller plus loin, revenons à la base. Que dit le dictionnaire ? Selon le Larousse, la loyauté, c’est la « fidélité à ses engagements, à la parole donnée ». Le Robert ajoute même : « franchise, droiture dans les relations sociales ». Bref, sur papier, ça fait rêver. Dans la vraie vie, par contre, ça donne parfois : « Je suis loyal tant que ça m’arrange », ou encore « je suis loyal… sauf si j’ai une meilleure offre demain matin ». Pas besoin d’études scientifiques pour voir l’écart entre la définition noble et la perception parfois très… flexible des gens.


Alors, qu’est-ce que la loyauté, au fond ? Est-ce un simple geste de civilité, une manière de bien se comporter en société, comme on dit bonjour en entrant dans une pièce ? Ou est-ce une question de principe, une valeur qui nous dépasse et qui s’inscrit dans la durée, comme un engagement silencieux de respect et de considération mutuelle ? Et qui, forcément, se vit différemment pour chacun. C’est là toute la nuance. La loyauté n’est pas seulement d’être présent quand tout va bien, c’est aussi de rester cohérent, d’agir avec droiture et de reconnaître la place de l’autre dans nos décisions. Mais elle n’est pas toujours réciproque, et c’est ce qui la rend fragile… et parfois franchement douloureuse.


La déloyauté n’est pas une fin, c’est un révélateur. Elle montre ce qui compte, et surtout qui compte.
La déloyauté n’est pas une fin, c’est un révélateur. Elle montre ce qui compte, et surtout qui compte.

Face à mon expérience, je me suis demandé : suis-je obligée d’être loyale ? Dans un monde où l’individualisme gagne du terrain, où chacun est invité à « penser à soi d’abord », la loyauté ressemble presque à un vieux concept poussiéreux, trop noble, peut-être même naïf. Pourtant, il y a une différence entre penser à soi et ignorer totalement les autres. La loyauté nous rappelle que nos gestes et nos choix ne se font pas dans le vide. Chaque décision a un impact, même subtil, sur ceux qui nous entourent. Être loyal, ce n’est pas s’effacer pour plaire, c’est reconnaître que nos actions s’inscrivent dans une relation plus vaste. C’est accepter que mon choix influence ton chemin, et inversement.


Et, en toute honnêteté, bien que je me sois questionnée, je sais du plus profond de mon être que je resterai toujours loyale, parce que cette valeur fait partie de moi. Elle n’est pas un vêtement que j’enfile ou que j’enlève selon les saisons, elle est ancrée.


La différence entre l’avant et l’après de cette déception ? J’ai compris que la loyauté, tout comme l’amitié, ça se mérite. On ne la distribue pas comme des cartes à jouer au hasard. Elle demande de la réciprocité, du respect, et un minimum de considération. Parce que donner sa loyauté à quelqu’un qui n’en prend pas soin, c’est un peu comme arroser une plante en plastique : ça occupe, mais ça ne mène nulle part.


Alors désormais, je continue d’être loyale, mais pas à n’importe comment, ni à n’importe quel prix. Je choisis plus consciemment à qui et à quoi je l’accorde. Et surtout, je n’oublie plus que la première personne envers qui je dois être loyale, c’est moi.


Évidemment, il y a un équilibre à trouver. Être loyal ne veut pas dire se sacrifier. Si je reste loyale à tout prix, au point d’en oublier mes propres besoins, je m’épuise. À l’inverse, si je ne pense qu’à moi, je risque d’abîmer des relations précieuses et de me retrouver isolée. La vraie question est donc peut-être : jusqu’où suis-je prête à aller dans ma loyauté sans me perdre moi-même ? Et comment puis-je rester intègre sans pour autant imposer à l’autre une fidélité qu’il n’a jamais choisi de me donner ?


Dans mon histoire, ce qui m’a le plus blessée, ce n’est pas l’événement en soi, mais le sentiment de ne pas avoir été considérée. Cette absence de reconnaissance a fait trembler ma confiance, comme si ma loyauté avait été donnée à fonds perdu. Avec du recul, je réalise que ce n’est pas la loyauté en elle-même qui était le problème, mais bien l’attente implicite qu’elle soit réciproque. La loyauté ne se réclame pas, elle se vit. Elle ne s’impose pas, elle se choisit. Et quand elle n’est pas reconnue, elle agit comme un miroir : elle nous oblige à regarder nos propres valeurs. Si je suis loyale, c’est d’abord parce que ça me définit, parce que ça dit quelque chose de la personne que je choisis d’être.


Et parlons franchement : au travail, la loyauté prend toutes sortes de visages. Elle peut être celle du collègue qui résiste à l’envie de briller seul et qui met en avant son équipe. Celle de la gestionnaire qui, malgré la pression, choisit de protéger ses employés en expliquant la situation plutôt que de passer en force. Celle de l’éducatrice qui, même au bout de son énergie, continue de défendre les besoins des enfants parce qu’elle y croit dur comme fer. Ces gestes ne sont pas spectaculaires, mais ils portent la marque de la loyauté. Pas une loyauté aveugle, mais une loyauté choisie et assumée.


Mais soyons honnêtes : dans bien des milieux, quand on parle de loyauté, ça veut dire quoi ? « Tu dois être loyal à ton organisation » se traduit souvent par « ferme-la et accepte ». Et là, on ne parle plus de loyauté, on parle de soumission. Et la soumission, ça ne dure jamais bien longtemps : ça brise la confiance, ça étouffe les convictions, et ça finit par donner envie de plier bagage. Parce que la vraie loyauté, celle qui dure, ne s’achète pas. Elle se gagne. Par la considération. Par la transparence. Par le respect mutuel.


Il y a aussi cette question : à qui suis-je loyale ? À une personne ? À une équipe ? À une organisation ? À une profession ? La loyauté n’a pas toujours la même adresse. Et parfois, ces adresses se contredisent. Je peux être loyale envers mes collègues, mais déçue par ma direction. Loyale envers mon métier, mais en désaccord avec mon employeur. Loyale envers mes valeurs, même si ça me met à contre-courant. Et c’est là que le casse-tête commence : à qui vais-je donner ma loyauté quand tout ne s’aligne pas ?


Et c’est là que je me suis posé une question qui pique un peu : peut-on être perçue comme déloyale dans notre vie personnelle si nous l'avons été dans notre vie professionnelle ? Peut-on comprendre et valoriser la loyauté dans une sphère de la vie et complètement l’oublier dans l’autre ? Est-ce que la loyauté est une valeur « modulable » qu’on ajuste selon les contextes, ou est-ce qu’elle nous définit, peu importe le terrain de jeu ? Ces interrogations n’apportent pas de réponses toutes faites, mais elles obligent à un vrai regard sur soi.


Et puis il y a mon vécu, plus personnel encore. Comme employée, j’ai toujours mis la loyauté au sommet de mes valeurs. Pour moi, c’était naturel : donner le meilleur de soi à son employeur, c’était participer à un contrat moral où la loyauté circule dans les deux sens. Mais dans l’épreuve que j’ai traversée, j’ai ressenti exactement le contraire. Non seulement je n’ai pas senti de loyauté envers moi, mais j’ai eu l’impression d’être réduite à un numéro de matricule. Pas une personne avec un parcours, une expérience, des valeurs… juste un chiffre. Et croyez-moi, ça secoue. Ce n’est pas une plainte, juste un constat humain : quand tu mises sur la loyauté, tu espères un peu de réciprocité.


Alors, que faire ? Comme je suis une personne positive et tournée vers mon bien-être, je n’ai pas voulu rester coincée dans ce ressenti. Je me suis mise en mode choix, moi aussi. J’ai décidé de tourner la page, de me créer d’autres espaces, d’être loyale avant tout… envers moi-même. Et ça, je peux vous le dire : ça fait du bien. Parce que la plus belle loyauté, au fond, c’est celle qui commence par soi.


Aujourd’hui, je vois la loyauté non comme une dette, mais comme une manière d’habiter mes relations avec cohérence et dignité. Je choisis de la vivre à ma façon, consciente que tout le monde ne la portera pas pareil. Je choisis d’y rester attachée, non par obligation, mais parce que ça dit quelque chose de qui je veux être. Et c’est peut-être ça, le cœur de la réflexion : la loyauté n’est pas tant envers les autres qu’envers soi. Elle est le reflet de l’être humain que l’on aspire à incarner… même dans un monde où tout nous pousse parfois à ne penser qu’à nous.


Et au fond, la loyauté n’est qu’une pièce du puzzle. Nous pourrions en parler pendant des heures et y ajouter l’intégrité, la confiance, la considération, l’engagement… autant de valeurs qui, ensemble, dessinent la véritable richesse des relations humaines et professionnelles. J'en aurais tellement long à vous dire. Un prochain article, qui sait !?! ;)


« La déloyauté n’est pas une fin, c’est un révélateur. Elle montre ce qui compte, et surtout qui compte. »

Sandra Mathieu

VIP De L'Éducation


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