Derrière chaque journée qui “fonctionne”, il y a souvent une remplaçante qu’on oublie de remercier.
- 8 mai
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Il y a des métiers où l’on entre doucement dans le quotidien des autres. Et puis, il y a celui de remplaçante en milieu de garde… où l’on doit parfois y entrer rapidement, discrètement, avec le sourire, tout en donnant immédiatement l’impression que l’on connaît déjà tout le monde depuis trois semaines.
Parce qu’être remplaçante, ce n’est pas simplement « remplacer quelqu’un ». C’est arriver dans un milieu parfois inconnu, apprendre rapidement des routines qui changent d’un endroit à l’autre, comprendre des dynamiques déjà installées, retenir des prénoms à la vitesse de l’éclair, tout en rassurant des enfants qui, eux aussi, tentent de comprendre qui est cette nouvelle personne devant eux.
Et malgré cela, combien de fois prenons-nous réellement le temps de reconnaître leur immense valeur?
Dans plusieurs milieux de garde, les remplaçantes deviennent les héroïnes silencieuses du quotidien. Celles qui permettent aux groupes de continuer à fonctionner. Celles qui acceptent les appels tôt le matin. Celles qui arrivent parfois dans une journée déjà mouvementée avec un sac, un café tiède… et beaucoup de courage.
Parce qu’il en faut, du courage, pour être remplaçante.
Il faut être capable de s’adapter rapidement à des environnements complètement différents. Une journée en pouponnière. Le lendemain avec les grands. Une éducatrice qui fonctionne avec beaucoup de structure. Une autre qui privilégie davantage la spontanéité. Des règles qui changent. Des locaux différents. Des horaires différents. Des équipes différentes. Et malgré tout cela, il faut réussir à créer un lien sécurisant avec les enfants en quelques minutes seulement. Valsant parfois entre la petite enfance au milieu scolaire, elles sont géniales !
Et soyons honnêtes… les enfants sentent immédiatement quand un adulte est stressé.
C’est pourquoi les remplaçantes développent souvent une capacité d’adaptation impressionnante. Une forme d’intelligence humaine du terrain qui ne s’enseigne pas toujours dans les livres. Elles apprennent à observer rapidement l’ambiance d’un groupe. À décoder les besoins. À ajuster leur ton de voix. À comprendre quel enfant aura besoin d’un sourire rassurant… et lequel testera probablement les limites dans les quinze prochaines minutes.
Le tout, souvent, avec très peu de temps pour respirer.
Et pourtant, malgré cette réalité exigeante, plusieurs remplaçantes arrivent encore avec douceur, patience et bienveillance. Elles s’installent discrètement dans notre quotidien éducatif et permettent aux enfants de continuer leur journée avec le plus de stabilité possible.
Ce qui est fascinant, c’est qu’on parle souvent des équipes régulières , avec raison, mais beaucoup plus rarement de celles qui viennent soutenir ces équipes lorsqu’elles en ont besoin. Pourtant, sans remplaçantes, plusieurs milieux fonctionneraient extrêmement difficilement. Elles ne sont pas « un extra ». Elles sont une partie essentielle de l’équilibre.
Derrière chaque éducatrice qui peut prendre une journée de maladie sans culpabiliser complètement… il y a souvent une remplaçante qui accepte de prendre le relais.
Derrière chaque réunion, chaque formation, chaque congé, chaque imprévu… il y a souvent une remplaçante qui aide le milieu à respirer un peu.
Et malgré cela, leur travail passe parfois presque inaperçu. Pas par manque de reconnaissance volontaire. Mais parce que dans le tourbillon des journées éducatives, nous oublions parfois de dire merci. Nous oublions de prendre quelques minutes pour accueillir réellement cette personne qui entre dans notre groupe. Nous oublions qu’arriver dans un nouveau milieu peut être stressant, même pour quelqu’un de très expérimenté.
Un accueil chaleureux peut pourtant tout changer.
Présenter rapidement l’équipe. Expliquer les routines importantes. Mentionner les petites particularités du groupe. Offrir un sourire sincère. Dire simplement : « Merci d’être là aujourd’hui. » Ces gestes peuvent sembler petits… mais ils ont un impact immense.
Parce qu’au fond, personne ne donne le meilleur de lui-même lorsqu’il se sent de trop.
Et les remplaçantes méritent, elles aussi, de sentir qu’elles font partie de l’équipe.
Je dis souvent à mes collègues de mon équipe :
« Prenez soin de nos remplaçantes. Elles ont une valeur inestimable et, honnêtement, … que ferions-nous sans elles? »

D’ailleurs, plusieurs éducatrices régulières le savent très bien : lorsqu’une remplaçante se sent bien accueillie, cela se reflète immédiatement sur les enfants. L’ambiance devient plus légère. Les interventions sont plus fluides. Le climat est plus sécurisant. Tout le monde y gagne.
Il faut aussi reconnaître une autre réalité : être remplaçante demande souvent une grande force émotionnelle. Parce qu’il faut constamment recommencer. Recréer des liens. Refaire sa place. Réapprendre les habitudes. Et parfois, vivre avec cette impression de toujours être « celle qui arrive après ».
Pourtant, leur impact est immense.
Certaines remplaçantes deviennent des figures significatives pour les enfants. Des adultes rassurants que l’on est heureux de revoir. Des personnes qui apportent une énergie différente, une nouvelle façon de jouer, une douceur particulière ou même simplement une présence calme dans une journée plus intense. Parce que, oui ! une remplaçante qui se sent accueillie, reviendra et sera heureuse de dire oui.
Aussi, il y a cette réalité qu’on ose rarement nommer : plusieurs remplaçantes doivent développer une grande confiance en elles pour survivre dans ce rôle. Parce qu’il faut accepter de ne pas toujours tout connaître. D’entrer dans des groupes déjà établis. De poser des questions. D’improviser parfois. Et malgré cela, continuer d’avancer avec professionnalisme. Souvent l'ennemi numéro un pour ces personnes, les clans, l'amitié entre collègues et j'en passe.
Honnêtement? Ce n’est pas donné à tout le monde. Combien je me souviens de mes premiers remplacements. Ouf!!!! Je me demande souvent, comment je faisais !?!
C’est peut-être pour cela que plusieurs éducatrices considèrent les bonnes remplaçantes comme de véritables trésors, mais que plusieurs abandonnent aussi.
Le paradoxe invisible
Voici le paradoxe cruel qui colle à la peau des remplaçantes depuis trop longtemps : plus elles font bien leur travail, moins on les remarque. Une journée qui se déroule sans accroc, des enfants sereins, des routines respectées, des larmes consolées à temps, tout ça, ça paraît simple. Ça semble aller de soi. Mais derrière cette fluidité, il y a une professionnelle qui a travaillé fort, qui a improvisé avec intelligence, qui a choisi ses batailles avec sagesse et qui a offert sa présence entière à des enfants qui ne la connaissaient pas encore ce matin-là.
Le problème avec les gens compétents, c’est qu’ils donnent souvent l’impression que tout est facile. Et ce qui semble facile finit parfois, malheureusement, par être banalisé… ou même mal perçu.
Oui, oui… vous avez bien lu.
Tristement, il m’arrive encore d’observer dans certains milieux que la compétence, l’initiative et la capacité d’entrer rapidement en relation bienveillante avec les enfants peuvent déranger. Comme s’il était parfois difficile d’accepter qu’une personne nouvellement arrivée puisse réussir à trouver sa place rapidement simplement parce qu’elle est organisée, efficace, humaine et appréciée des enfants.
Pourtant, au lieu de voir cela comme une menace, nous gagnerions peut-être à le voir comme une richesse. Parce qu’une remplaçante compétente ne prend la place de personne : elle contribue, elle soutient et elle aide le milieu à respirer un peu mieux.
Il est temps de corriger ça.
Une remplaçante compétente, humaine, douce et adaptable apporte énormément plus qu’une présence physique. Elle apporte de la stabilité. Du soutien. De l’équilibre. Et parfois même un certain réconfort dans les périodes plus difficiles.
Et si nous commencions à parler davantage d’elles?
Pas seulement lorsqu’il manque quelqu’un au ratio. Pas seulement lorsqu’on cherche désespérément du personnel. Mais aussi pour reconnaître leur contribution réelle dans nos milieux.
Parce qu’au fond, les remplaçantes participent elles aussi au développement des enfants. Elles créent des liens. Elles accompagnent des émotions. Elles gèrent des conflits. Elles consolent des petits cœurs. Elles racontent des histoires. Elles attachent des souliers à la vitesse de la lumière et deviennent parfois expertes en chasse aux mitaines disparues.
Et franchement… cela mérite d’être souligné.
Alors aujourd’hui, prenons le temps de leur rendre hommage.
À celles qui arrivent tôt le matin sans toujours savoir exactement comment se déroulera leur journée.
À celles qui s’adaptent continuellement.
À celles qui entrent dans le chaos avec calme.
À celles qui acceptent les imprévus avec souplesse.
À celles qui donnent le meilleur d’elles-mêmes même lorsqu’elles se sentent parfois invisibles.
Celles qui arrivent sans filet.
Imaginez un instant ce que c'est. Pas une journée d'intégration en bonne et due forme. Pas de tour guidé des lieux avec café chaud en main. Pas de PowerPoint de bienvenue avec les allergies surlignées en jaune fluo. Non. Une remplaçante entre dans un milieu de garde, parfois à sept heures du matin, après avoir reçu un appel à six heures quarante-cinq,et elle doit, en quelques minutes à peine, saisir l'énergie du groupe, comprendre les dynamiques, identifier les enfants qui ont besoin d'un peu plus, ceux qui en demandent beaucoup, et ceux qui observent en silence mais qui absorbent absolument tout.
C'est un exercice d'une exigence rare. On parle de lecture rapide de situations complexes, d'adaptation instantanée, de gestion émotionnelle en temps réel, tout ça avant même d'avoir eu le temps d'accrocher son manteau.
Si ça, ce n'est pas du talent, qu'est-ce que c'est?
Alors moi je dis...
Merci.
Merci de contribuer au bien-être des enfants.
Merci de soutenir les équipes.
Merci de permettre à nos milieux de continuer d’avancer.
Et surtout… merci d’apporter autant de cœur dans un rôle qui demande énormément plus qu’on ne l’imagine.
Pour les éducatrices permanentes : votre rôle est immense.
Si vous faites partie de l'équipe régulière d'un milieu de garde, voici quelque chose d'important : vous avez un pouvoir réel sur l'expérience vécue par les remplaçantes qui entrent dans votre milieu.
Un mot d'accueil sincère change tout. Un petit guide préparé à l'avance , les allergies, les rituels, les petites particularités de chaque enfant, peut transformer une matinée chaotique en matinée fluide. Un "tu t'en es bien sorti·e aujourd'hui" dit en fin de journée peut faire la différence entre une remplaçante qui revient avec plaisir et une qui coche votre milieu dans la colonne "à éviter".
Accueillir une remplaçante avec chaleur, c'est aussi accueillir les enfants avec chaleur. Parce qu'une remplaçante sereine, soutenue, informée ,c'est un groupe d'enfants serein, soutenu, en sécurité.
C'est aussi simple. Et aussi important que ça.
À vous, les remplaçantes
Si vous lisez ces lignes et que vous êtes remplaçante; dans un CPE, une garderie, un service de garde en milieu scolaire, peu importe, sachez ceci :
Vous n'êtes pas "en attendant mieux". Vous n'êtes pas une solution temporaire à un problème passager. Vous êtes une professionnelle à part entière, avec des compétences que beaucoup n'ont pas, avec une adaptabilité que l'on ne peut pas apprendre dans un manuel, et avec un courage tranquille qui force le respect.
Chaque enfant à qui vous avez essuyé une larme se souvient de votre douceur, même s'il ne se souvient pas de votre nom. Chaque groupe que vous avez tenu ensemble un vendredi après-midi de janvier, vous savez, ce genre de vendredi, mérite d'être compté dans votre bilan de compétences.
Vous comptez. Vraiment. Profondément.
Et les milieux de garde qui vous accueillent ont une chance extraordinaire de vous avoir dans leur univers.
Rendre hommage aux remplaçantes, ce n'est pas un acte de politesse. C'est un acte de lucidité. C'est reconnaître que le filet de sécurité de nos services éducatifs repose, en grande partie, sur des femmes et des hommes qui disent oui quand tout le monde espère un oui , et qui livrent, jour après jour, une présence professionnelle, chaleureuse et indispensable.
La prochaine fois qu'une remplaçante franchit la porte de votre milieu, regardez-la avec ces yeux-là. Ceux de quelqu'un qui voit vraiment ce qu'elle apporte. Ce qu'elle porte. Et ce qu'elle offre, sans tambour ni trompette, à ceux qui en ont le plus besoin.
Elle n'est pas "juste" une remplaçante.
Elle est exactement ce dont vous aviez besoin aujourd'hui.
Écrit par Sandra Mathieu
Fondatrice V.I.P De L'Éducation.




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