top of page

Fatigue et malaises: Une cause peu connue, mais vraie !

  • 8 janv.
  • 6 min de lecture

Fatigue et malaises:  Une cause peut connue, mais vraie !

Les congés de Noël ou les vacances sont terminés. Le sapin est rangé, les décorations ont retrouvé leur boîte, les valises ont retrouvé le placard, les horaires ont repris le dessus et les boîtes à lunch se sont à nouveau imposées sur les comptoirs. Et pourtant, pour plusieurs, le retour n’a rien de revigorant. Il y a cette fatigue étrange qui s’accroche, ce petit rhume qui apparaît sans invitation, cette lourdeur difficile à expliquer. Comme si le repos tant attendu n’avait pas livré tout à fait ce qu’il promettait. Et presque automatiquement, une pensée surgit : " Voyons… j’ai été en congé. Je devrais être reposée. "


C’est souvent à ce moment précis que plusieurs réalisent, sans toujours pouvoir le nommer, que quelque chose se passe quand tout s’arrête. Le corps réagit. L’énergie chute. L’élan se fait timide. Ce n’est pas un hasard, ni un manque de reconnaissance envers les vacances. C’est plutôt un signal. Un message discret mais persistant d’un système qui a longtemps fonctionné à plein régime et qui, une fois le calme installé, se permet enfin de relâcher. Pas doucement. Parfois maladroitement. Parfois bruyamment.


Laissez-moi vous expliquer quelque chose que j’ai découvert par l’entremise d’une personne significative qui est passée dans ma vie. Une découverte qui, au départ, m’a fait lever un sourcil… puis deux. Le syndrome des loisirs. Vous connaissez ? Oui ? Non ?Si oui, il y a de fortes chances que vous vous disiez : « Ah non… pas lui ! »Et si non, vous êtes peut-être en train de penser : « Ben voyons donc… ça existe vraiment, ça ? »


Eh bien oui. Et contrairement à ce que son nom un peu étrange pourrait laisser croire, ce n’est ni une invention moderne ni une excuse pour justifier une fatigue post-vacances. Le syndrome des loisirs existe bel et bien et il est documenté depuis plusieurs années en psychologie du stress et en médecine psychosomatique.


Concrètement, il s’agit d’un phénomène observé chez des personnes qui développent des symptômes physiques ou psychologiques au moment précis où elles cessent de travailler ou ralentissent fortement. Maux de tête, fatigue intense, douleurs musculaires, baisse d’énergie, irritabilité, troubles digestifs, symptômes grippaux, voire un sentiment de vide ou de malaise diffus. Et le plus déstabilisant, c’est que ces manifestations apparaissent non pas pendant les périodes de surcharge… mais lorsqu’enfin, tout s’arrête.


En fait, sur le plan scientifique, l’explication est relativement simple, et très humaine. Lorsqu’une personne vit pendant une longue période sous pression, son corps fonctionne en mode adaptation constante. Le système nerveux est stimulé, les hormones du stress comme le cortisol et l’adrénaline sont sécrétées en continu pour permettre de tenir le rythme. Tant que la pression est là, le corps s’ajuste et compense. Il « tient ». Mais lorsque la pression chute brusquement, vacances, congé, arrêt de travail, le système se désorganise temporairement. Le corps relâche, parfois trop rapidement, et les symptômes apparaissent.


Ce phénomène a notamment été décrit par le psychologue néerlandais Ad Vingerhoets, qui a observé que les personnes les plus touchées sont souvent celles qui présentent un haut niveau d’engagement, de responsabilité et de conscience professionnelle. En 2002, le psychologue a étudié le syndrome de la "maladie des loisirs", où 2 à 3 % des personnes tombent malades pendant les vacances. Autrement dit, des personnes fiables, investies, dévouées… celles qui tiennent longtemps avant de s’arrêter. Faites-vous partie de ce pourcentage? Moi, je pense sérieusement qu'en 2026 ce taux a grandement augmenté.


Le syndrome des loisirs ne signifie donc pas que le repos est mauvais pour la santé. Bien au contraire. Il met plutôt en lumière un déséquilibre chronique entre l’effort et la récupération. Il révèle que le corps n’a pas eu suffisamment d’espaces pour se réguler au quotidien et qu’il profite du premier vrai ralentissement pour exprimer ce qui a été accumulé.


Dit autrement : C’est tout ce qui a été encaissé avant, sans pause réelle. On pourrait croire que le repos est en cause, mais ce serait une fausse piste. Le repos n’est pas le problème. Ce qui pèse, c’est tout ce qui s’est accumulé avant. Les mois passés à tenir, à organiser, à anticiper, à répondre. Les journées où l’on dépasse ses limites « juste un peu ». Vous savez, la fameuse " Do to list" qu'on ne coche pas avec satisfaction et qui nous tracasse sans cesse. Les émotions mises de côté parce qu’il fallait continuer. Le corps, lui, n’oublie rien. Il tient tant que l’urgence est là. Et quand elle disparaît, il dépose tout d’un coup.


Par conséquent, ce phénomène touche particulièrement un type de personne que l’on reconnaît facilement en milieu éducatif. Appelons-le Gaston Performance. Gaston Performance est fiable, engagé, présent. Il tient le fort. Il ajuste, il soutient, il porte. Gaston Performance est parent, éducateur, enseignant, intervenant, personne aidante. Gaston Performance ne compte pas vraiment ses heures et trouve toujours une solution. Mais Gaston Performance a appris à avancer par devoir plus que par écoute de soi. Et quand tout ralentit, Gaston Performance se sent parfois un peu perdu, un peu vidé, parfois même plus fatigué qu’avant.


Je connais bien ce profil. Je l’ai croisé pendant des décennies en milieu éducatif. Je l’ai accompagné, encouragé, observé. Et si je suis honnête, je continue moi aussi à fonctionner ainsi. Chaque fois que je m’arrête vraiment, il se passe encore quelque chose. Pas toujours spectaculaire, pas toujours visible, mais suffisamment présent pour me rappeler que mon corps a appris à tenir avant d’apprendre à déposer. La différence aujourd’hui, c’est que je ne lutte plus contre ce signal. Je le reconnais. Je le respecte. Et surtout, je ne le laisse plus me surprendre.


Avec le temps, j’ai compris que ce que je vivais n’était ni une faiblesse ni un échec personnel. C’était une réponse logique à un mode de fonctionnement prolongé. Alors, j’ai appris à composer avec. J’ai appris à créer des zones tampons, des transitions douces entre l’élan et l’arrêt. Ralentir avant de m’arrêter. Alléger avant de déposer. Préparer mon corps et mon esprit à ce qui s’en vient, un peu comme on prépare un enfant à un changement important. Parce que passer du jour au lendemain d’un rythme effréné à un vide total n’est pas apaisant pour tout le monde. Pour certains, c’est même insécurisant.


J’ai donc développé mes propres stratégies. Diminuer graduellement les obligations. Garder une structure légère pendant les congés. Conserver quelques repères rassurants sans replonger dans l’agitation. Ni tout, ni rien. J’ai aussi appris que le repos n’est pas nécessairement synonyme d’inaction complète. Pour moi, le vrai repos passe souvent par des activités calmes mais vivantes. Écrire. Marcher. Observer. Créer sans échéancier. Être dans le faire autrement plutôt que dans le ne rien faire forcé. Et surtout, j’ai cessé de culpabiliser quand mon repos ne ressemblait pas à celui des autres.


Les congés accentuent cette réalité parce qu’ils arrivent souvent sans transition. On termine l’année ou une période mouvementée ou nous sommes à bout de souffle, on appuie sur pause du jour au lendemain, puis on redémarre à pleine vitesse une fois ce moment d'arrêt terminé. Le corps, lui, déteste les virages brusques. Il aurait besoin d’un ralentissement progressif, de pauses intégrées avant le congé, d’un retour tout aussi graduel. Mais dans la vraie vie, on passe de 120 km/h à l’arrêt complet, puis on repart sec. Pas étonnant que ça grince, que ça tousse et que ça fatigue.


Si on souhaite réellement faire du bien-être une priorité en milieu éducatif en 2026, il faudra aller au-delà des bonnes intentions et résolutions Le bien-être est une posture. Une culture. Une responsabilité collective. Il commence bien avant les congés et se construit dans le quotidien, dans la façon dont on gère les rythmes, les attentes et les transitions.


Ce que cette réalité nous rappelle, c’est qu’on ne compense pas une année d’hypervigilance par quelques semaines de repos. Le corps a une mémoire. Le système nerveux a ses limites. Et repousser constamment la récupération finit toujours par se faire sentir. Ce n’est pas une défaillance personnelle. C’est un signal d’ajustement.


Peut-être qu’en 2026, le véritable virage en éducation ne sera pas seulement d’apprendre à s’arrêter davantage, mais d’apprendre à s’arrêter mieux. À ralentir avant d’être forcé. À reconnaître les signaux avant qu’ils deviennent trop bruyants. À valoriser autant la récupération que l’engagement. Parce que le vrai luxe, en milieu éducatif, ne sera peut-être plus de tenir le coup coûte que coûte, mais de savoir prendre soin , de soi, des autres et de la culture dans laquelle on évolue.


« Prendre soin ne commence pas quand tout s’arrête, mais bien avant, dans la façon dont on traverse les rythmes de la vie. »Sm

Sandra Mathieu

V.I.P De L'Éducation


Commentaires


contact

bottom of page