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La lettre d'excuse, je te la dois Louis !

Il y a des journées comme ça ou nous avons l'impression que nous changerons le monde alors que c'est lui qui nous remet à notre place. Travailler dans le milieu de l'éducation c'est aussi recevoir des gifles en plein visage à l'occasion, et pas n'importe lesquelles, vous savez celles qui nous retournent dans notre pleine conscience. Je vais vous raconter aujourd'hui une autre de mes petites tranches de vie qui, je crois mérite d'être partagée. Pourquoi en faire une publicité ? Parce que je considère que si cet événement m'a ébranlée, c'est peut-être qu'elle suscitera aussi chez vous, une réflexion.


Tout à commencé jeudi dernier. Louis (non fictif), 6e année passe devant mon bureau en me disant un gros "va chier" et cela, sans aucune raison. En quelques secondes, je comprends qu'il vient d'être sorti de son cours, mais malheureusement, ce qu'il ignorait complètement, c'est qu'il venait de tirer sur une corde non seulement sensible, mais fragile de mon moi-même. Le manque de respect, pour moi, est la base de tout. J'ai ressenti à ce moment là une explosion en moi. Je me lève d'un bond et parti à la chasse. He oui ! Pour moi, il était hors de question que ça passe. Le couloir où je le suivais ne m'a jamais paru aussi long. Je lui demandais d'arrêté et plus je marchais plus il marchait vite tout en continuant de me blasphémer de tous les mots qui lui passaient par la tête.


Arrivé au bureau de la T.E.S, Louis s'assoit et là, honnêtement, je vois noir. Je tente de me consacrer sur ma respiration pour être certaine de retenir ce que moi aussi j'aurais envie de lui dire et surtout ma colère. Voyant qu'il n'y a rien à faire, aucune discussion possible, je demande donc à la T.E.S si c'est moi ou elle qui appellera les parents (pauvre elle, je crois qu'elle se demandait qui elle devait gérer en premier) Après une consultation auprès de la direction, il est retourné à la maison pour suspension. Ok, une conséquence est donné, cela m'a permis de me calmer.


Les journées ont passées et pour moi cette histoire était déjà derrière moi. Celle-ci n'étant pas la première que je vivais d'ailleurs. Toutefois, ce matin en arrivant à mon bureau (mercredi, donc une semaine plus tard) je n'aurais jamais cru que cette histoire me donnerait une leçon qui me ramènerait à l'essentiel. Je reçois un appel de la T.E.S. et elle me dit que Louis aimerait venir me voir. Surprise un peu, je lui répond "bien sûr". Louis arrive d'un air piteux et et me tend une lettre. Je pris la lettre et la mise de côté en lui promettant que je prendrais le temps de la lire. Voyant qu'il était dans un état de gêne extrême et de malaise, je le remercie et il s'excusa pour la situation. Après avoir fait quelques tâches, je pris la lettre et me mis à la lire....


Bonjour Mme Sandra,
Je m'excuse vraiment pour mon gros manque de respect que j'ai commis envers vous et comment je vous ai répondu. Même moi, en ce moment, je trouve cela inconcevable. Je suis conscient que j'aurais du agir autrement lorsque vous m'avez dit de baisser le ton et m'excuser. A l'avenir je m'engage a être plus respectueux envers vous et le reste des personnes qui m'entourent. Louis.


Au moment où je vous écris cette histoire, j'ai encore quelques larmes aux yeux. Vous comprendrez, que du haut de mes années d'expériences, je me sentais comme la stagiaire qui est en pleine initiation des troubles de comportements de l'école. Mais qu'avais -je fait ? Sur le coup, j'ai été prise d'un sentiment de culpabilité intense. Comment j'avais bien pu traiter la situation comme une débutante. Comment j'avais pu espérer un rapport de force avec un ENFANT qui est totalement désorganisé. Et, c'est là que j'ai répondu à mes pensées... NON !! Je n'embarque pas dans ça. Il a eu un comportement inacceptable et il doit assumé. Oui ! J'ai fait un erreur, celle de me mettre à son niveau émotionnel, mais je n'ai jamais fait la promesse d'être parfaite. Cependant, après réflexions, j'ai jugé que je lui devais, moi aussi, une lettre d'excuse. C'est alors que j'ai pris un bout de papier et j'ai griffonné...


Mon cher Louis,
La semaine dernière, ton attitude a été déplorable. Tes mots m'ont blessé, ton regard m'a ébranlé, mais aujourd'hui, tu m'as fait comprendre une chose que j'étais en train d'oublier. Et oui, Louis, tu sais, même si je suis une adulte, j'ai des choses aussi à comprendre et j'en aurai d'ailleurs toute ma vie, tout comme toi. Alors sache qu'aujourd'hui tu m'as fait comprendre que tu es un garçon sensible et extraordinaire et je te dois des excuses à mon tour parce que jeudi dernier, je n'en ai pas tenu compte. Je n'avais pas compris que cette colère que tu as fait surgir en moi, était probablement aussi fragile que celle que tu vivais. Dorénavant, lorsque tu passeras devant mon bureau salue-moi, tu mettras ainsi de la lumière dans ma journée au lieu que nous soyons tous les deux sous les nuages. Je ferai de même. Et surtout! Dans ces moments plus difficiles, rappelle-toi de respirer un bon coup e
Merci pour ta belle lettre.
Mme Sandra

Louis quittera pour le secondaire dans deux semaines. J'ai le regret de ne pas avoir eu l'occasion de mieux le connaître, mais l'histoire de Louis me prouve encore une fois, que nous avons tout à apprendre des enfants et qu'il ne faut pas oublier que bien des mots cachent malheureusement la douleur des maux. J'ai donc remis la lettre à Louis qu'il a pris avec embarras, ne sachant pas à quoi s'attendre, mais surtout curieux:). Derrière l'idée de vouloir régler mes comptes avec Louis, j'ai surtout et avant tout voulu me faire du bien. Travailler auprès des enfants demande non seulement de l'altruisme, mais aussi la capacité de recevoir des gifles qui nous rappellent que nous ne sommes pas parfaite, mais plutôt complète.



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